L'ACHEVEMENT DE L' E9:
POURQUOI? COMMENT?
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La problématique est simple. Une voie autoroutière existe, d'une part de Toulouse à Tarascon, d'autre part de Berga à Barcelone. Seul, le maillon central, d'environ 70 km (53 du côté Français, 18 du côté Espagnol) reste à aménager. Il n'est donc nullement question d'un "projet d'autoroute" mais de l'achèvement d'une liaison existante.
Est-il dans l'intérêt de l'Ariège d'aménager cette section en voie rapide sécurisée?

POURQUOI?

CADRE DE VIE

Au sud de Tarascon, la RN 20 ne contourne, à ce jour, que la commune des Cabannes. Toutes les autres localités desservies sont traversées, notamment Tarascon, Ussat les Bains, Sinsat, Luzenac, Savignac, Ax les Thermes, Merens, L'Hospitalet, Bourg Madame. L'achèvement de l'E9 éloignerait enfin le trafic, et toutes les nuisances qui lui sont liées, des habitations et des commerces, restaurant le cadre de vie des populations concernées, leur permettant de reconquérir leur territoire, d'en retrouver la maitrise, de le réaménager à leur guise, comme l'ont fait en leur temps Varilhes, St Jean de Verges, Montgaillard, Mercus-Garrabet.

ENJEUX ECONOMIQUES

L'intérêt économique d'une telle liaison ne fait guère débat. L'économie va où elle peut se déplacer, où elle peut être lisible. Tout développement économique sans infrastructures est voué à péricliter. Par capillarité, de la richesse entoure les voies routières. "La richesse d'un déroulé de goudron est telle qu'aucun territoire ne peut s'en passer" déclare Michel Maurel de la chambre Régionale de Commerce de Midi-Pyrénées.
En raccourcissant la distance d'environ 80 km par rapport à l'actuel itinéraire par Le Perthus, la liaison E 9 rapprochera Barcelone de Toulouse, permettant aux camions de faire l'aller et retour dans la journée, ce qui est actuellement impossible compte tenu de la législation Européenne sur les temps de conduite journaliers (2 fois 4h 30 avec une pause).
Mais une voie rapide n'est pas un simple moyen d'aller de A à B le plus vite possible et de créer un désert entre les deux. Chaque territoire traversé peut et doit être valorisé pour qu'il puisse devenir ce qu'il veut être. A cet égard, l'A 75 et l'A 20 sont des réussites avec les villages-étapes qui les jalonnent. l'E9 pourra être ainsi l'axe de la connaissance, des relations sociales et culturelles.
Cette liaison contribuera aussi à corriger les déséquilibres profonds qui existent dans les flux logistiques. Barcelone pourrait devenir le port de Midi-Pyrénées. Actuellement cette région importe des biens du nord de la France et exporte peu, ce qui se traduit par de nombreux camions qui remontent à vide. Rien n'est plus anti-écologique qu'un camion qui roule à vide.
L'E9 permettra de dessiner, pour nos enfants, des Pyrénées qui ne soient plus un finistère.

l'A 41, Chambery-Genève

OBJECTIONS ENVIRONNEMENTALES

Cette voie rapide va-t-elle défigurer le paysage? Est-elle en contradiction avec le "Grenelle de l'Environnement"? Va-t-elle générer un "couloir à camions"? Pourquoi ne pas plutôt développer le ferroutage sur cette ligne?

- D'abord, on sait maintenant insérer une voie routière dans une zone de montagne sans défigurer la paysage. On l'a déjà fait sur l'E9 entre Foix et Tarascon; on l'a fait aussi sur l'A 43 dans la vallée de la Maurienne. Ailleurs, les habitants de pays comme la Suisse ou l'Autriche, qui sont très attachés à leur environnement, ne se plaignent pas de leurs autoroutes.
Cela dit, localement et en fonction de la topographie des lieux, il conviendra de rechercher des solutions équilibrées qui prennent en compte les exigences de fluidité et de sécurité mais aussi le coût financier et environnemental. Par exemple, le franchissement des gorges au sud d'Ax-les-Thermes se fera en tunnel et l'ensemble de la section Ax / Puigcerda sur une seule chaussée bi-directionnelle (2 x 1 voie) avec créneaux de dépassement.

- Une autoroute qui raccourcit le temps de trajet entre deux métropoles et le sécurise est compatible avec le Grenelle de l'environnement, surtout quand aucun mode alternatif n'est disponible: Ainsi l'Andorre qui génère une partie non négligeable du trafic, ne peut être atteinte que par la route ou par un système combiné rail/route.
Une route ou une autoroute ne produisent pas de CO2. Ce sont les moteurs des véhicules qui les empruntent qui en produisent. Or, l'évolution vers des moteurs " propres " va être accélérée par la crise financière et économique: D'une part, nombreux sont les constructeurs qui comptent sur les voitures "propres" pour se refaire une santé; d'autre part, en contrepartie des sommes qu'ils reçoivent des Etats, ils seront, de toute façon, tenus d'investir dans de nouvelles technologies respectueuses de l'environnement. Les véhicules propres de demain auront autant besoin de routes et d'autoroutes que ceux d'aujourd'hui.

- Un couloir à camions? La liaison E9, telle qu'elle est ou telle qu'elle est susceptible de devenir, est d'abord transfrontalière. Il y a des paramètres qui concernent l'Espagne et que nous ne maitrisons pas: d'une part, l'importance du trafic routier de marchandises en Espagne, d'autre part, le fait qu'en 2015 il est prévu que l'autoroute arrivera à Baga, près de Puigcerda. Allons-nous alors fermer la frontière ???
En fait, la seule démarche pertinente est de comparer les 2 options:
Option 1 : nous n'aménageons pas Tarascon-Puigcerda et nous pensons que, pour cette raison, les camions renonceront à cet itinéraire. Rien n'est moins sûr : de nombreux camions continuent, par exemple, de passer par Auterive. Nous aurons alors une asphyxie de la RN 20/E9 et des conditions de vie et de circulation insupportables pour les riverains.
Option 2 : nous aménageons Tarascon-Puigcerda, ce qui permet d'éloigner l'ensemble du trafic des zones habitées et de rendre la circulation beaucoup plus fluide.

- Tout le monde est d'accord pour développer le ferroutage afin d'endiguer le "tout-camion". Mais le ferroutage a ses exigences et ses limites. D'abord, il n'est pas rentable au dessous de 600 km. Il fonctionne de Barcelone à Lyon, il n'est pas une solution adaptée entre Barcelone et Toulouse ou entre Marseille et Toulouse. Par ailleurs, dans une lettre envoyée au Président du Conseil Général de l'Ariège, Réseau Ferré de France précise que des convois de frêt ne sont pas (techniquement) envisageables sur la ligne Toulouse-La tour de Carol à cause de sa pente excessive et du tunnel hélicoidal de Saillens.

COMMENT?

VOIE RAPIDE SUR FONDS PUBLICS OU VOIE A PEAGE?

Il existe deux philosophies sur le financement des autoroutes: soit on les finance avec l'argent du contribuable, c'est à dire l'argent de tous les Français qui paient des impôts, y compris ceux qui n'utiliseront pas ces infrastrucures. C'est ce qui se passe, par exemple, en Grande Bretagne. Soit ce sont leurs utilisateurs qui les financent par le péage, ce qui est plutôt plus juste, à ce détail près que l'impôt est progressif alors que le péage est le même pour tous. La France joue sur les 2 leviers et les concessions lui ont permis de construire en 30 ans un réseau autoroutier qu'elle aurait mis un siècle à réaliser sur fonds publics. Cela dit, lorsqu'une région entière ( La Bretagne) a des voies rapides gratuites, cela génère de la frustration pour une autre région (Midi-Pyrénées) dont la métropole est littéralement cernée par des postes de péage.

Dans les années quatre vingt et quatre vingt dix, d'importants investissements publics ont permis de réaliser la voie rapide entre Pamiers et Tarascon, y compris le coûteux tunnel de la déviation de Foix. La déclaration d'utilité publique du 29 décembre 2000 concernant la mise à 2 x 2 voies de la section Tarascon/Ax-les-Thermes prévoyait la poursuite de ces investissements. Mais il apparait aujourd'hui que les engagements pris par l'Etat en matière de calendrier de réalisation ne sont pas tenus et rien n'indique que l'Etat envisage de rectifier le tir dans les années qui viennent. Il ne faut pas se voiler la face: les caisses de l'Etat Français sont vides tandis que son endettement croit de façon exponentielle. Certes, tout un chacun préfère une voie rapide gratuite, avec un plus grand nombre d'accès, à une autoroute payante. Mais il y a de fortes chances que la question ne se pose pas en ces termes, et que le choix soit plutôt entre une liaison concédée ou rien du tout. Sauf si...Sauf si un accord entre les gouvernements Français et Espagnol définissait la liaison E9 comme étant la TCP (traversée centrale routière des Pyrénées) et dégageait un financement spécifique dont l'Europe serait partie prenante. Il faut dire que le montant à trouver n'a rien d'anecdotique. Il est question de 700 millions d'euros et on peut penser que l'ardoise globale sera plutôt proche du milliard .

Bien sûr, on peut légitimement estimer que ce genre d'investissement concerne l'Etat et qu'il serait scandaleux que ce dernier s'y dérobe. On peut même organiser des manifestations et donner de la voix: cela permet de se faire plaisir et de se donner bonne conscience, certainement pas de faire avancer le dossier.
Ce qui s'est passé ailleurs est parfaitement éclairant. Deux exemples pris dans notre région suffiront:
- La transformation en voie rapide de la RN 124 entre Toulouse et Auch. On a commencé à parler de la déviation de Leguevin dans les années 70. Si tout va bien, cette section autoroutière péri-urbaine de 17 km sera mise en service en juin 2009 ce qui représente un délai d'environ 35 ans! Et il reste à financer Aubiet/ L'Ile Jourdain pour que Toulouse/Auch, 75 km, soit en voie rapide et pour que le département du Gers ait, enfin, un débouché autoroutier. Le délai global sera, sans doute, voisin d'un demi-siècle! Est-ce cela que nous voulons en Haute Ariège?
- Nul ne se hasarderait à avancer une échéance pour la mise en voie rapide de la RN 88 entre Toulouse et Lyon, une transversale qui serait pourtant très utile pour désengorger la vallée du Rhône. L'avancement du programme dans le département de l'Aveyron est d'une lenteur désespérante. En revanche, l'autre transversale (Lyon/Bordeaux), concédée, est intégralement en service depuis 2 ans. (1)

De Tarascon à Ax-les-Thermes, le tracé de la 2 x 2 voies déclarée d'utilité publique le 29 Décembre 2000 est arrêté et connu. Il incorpore les aménagements déjà réalisés tels que le créneau de dépassement au sud d'Ussat les Bains, les déviations des Cabannes, de Perles-Castelet et de Luzenac. Pour le cas où cette section serait concédée à un opérateur privé, la loi stipule qu'une voie parallèle gratuite doit rester disponible. Ses futurs usagers réclameront légitimement que les aménagements déjà réalisés avec l'argent des contribuables ne soient pas "annexés" par le concessionnaire, ce qui leur donnerait le choix entre passer à nouveau au centre des villages ou payer une deuxième fois à travers le péage. Une telle situation provoquerait à coup sûr une levée de boucliers. Le tracé déjà établi devra donc être revu.
Pour la section Ax-les-Thermes / Bourg Madame, une étude de faisabilité a été demandée par le Conseil Général de l'Ariège aux services de l'Etat. Il est clair qu'une autoroute y est hors de question au regard de son coût financier et environnemental. La solution consistera à adapter l'infrastructure à la topographie des lieux et à alterner passages en tunnel, sections à 1 x 2 voies et créneaux de dépassement à 2 x 2 voies.

En tout état de cause, le résultat dépendra essentiellement de la volonté politique du chef de l'Etat Français et du Premier Ministre Espagnol. L'union Européenne, qui partiperait au financement, pourrait également avoir son mot à dire.

Avril 2009.

1) En juin 2009, la RN 88 vient enfin de se voir attribuer une enveloppe de 140 millions d'euros pour sa mise à niveau entre Albi et Rodez. La mise à 2x2voies de la RN 124 entre Toulouse et Auch devrait aussi s'accélerer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand les camions arriveront à Puigcerda, allons-nous fermer la frontière?

 

 

 

L' A 40 "Autoroute des Titans"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

EN SAVOIR PLUS:
- Consulter l'étude EGIS
- Lire la revue de presse du colloque de Berga